Le BRF

Écrit par kp le . Publié dans Engrais en pleine terre

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté)

Nous aimerions vous parler d’une méthode extraordinaire qui nous concerne, nous les jardiniers, il s’agit du BRF (Bois Raméal Fragmenté). En fait, c’est une pratique de culture et/ou de croissance alternative aux méthodes traditionnelles.

Nous pensons qu'il s'agit d'une véritable révolution dans nos méthodes de cultures de jardiniers.

Après lecture, soit comme nous, vous trouverez dans cette technique une véritable inspiration, soit vous retournerez à vos activités en en sachant un peu plus.

 

Alors, c’est quoi ce BRF ? il s’agit tout simplement de branches d’arbres broyées. Le terme « bois raméal » signifiant que le bois utilisé provient des branches.

Le mot « fragmenté » a, bien évidemment, son importance, vous allez le voir.

Comment fonctionne cette technique :

Tout le monde le sait, une plante utilise ses racines pour aller puiser dans le sol tous les nutriments dont elle a besoin mais aussi son eau pour compenser l’évaporation qui se produit au niveau des feuilles.

Ce que l’on sait moins, c’est que dans les années 80, il a été prouvé que les racines de toutes les plantes sont en symbiose avec des champignons dans le sol (les pionniers dans ce domaine furent les canadiens).

Cet assemblage constitue ce qu’on appelle les mycorhizes.

La plante, grâce à la photosynthèse, fournit du sucre aux champignons (qui ne peuvent pas en produire eux-mêmes) et en retour, les champignons fournissent à la plante grand nombre de nutriments du sol, dont de l’azote, grâce à leurs filaments très longs qui vont beaucoup, beaucoup plus loin et plus finement que les racines et radicelles de la plante.

Maintenant, comment fait-on pour augmenter la présence des mycorhizes dans le sol ? La réponse est simple : il faut chercher à obtenir des conditions optimales pour avoir des champignons.

Et les champignons, ça poussent dans les ??? ... « Forêts ! »

Effectivement, quand vous allez en forêt, vous voyez le sol gorgé d’humus, de terre bien noire dont on rêverait pour faire nos plantations de jardin.

Et pourtant, personne ne l’a déposé là, les arbres et toute la flore explosent au printemps, ne souffrent jamais de sécheresse en été (personne ne se balade avec un tuyau d’arrosage pour paraphraser P. Wittaker), et ne gèlent jamais en hiver.

Au passage, nous utilisons un mot précis de l’agriculture : aucuns « intrants » n’ont été ajoutés au sol. Personne n’a ajouté d'engrais chimiques au pied des arbres, ni de fumier, ni de compost, rien …

Elle est là, la révolution du BRF ! On peut s’inspirer du modèle, y compris dans nos jardins.

Pour vous donnez faim, une petite photo d’un Phyllostachys vivax aureocaulis aux champignons.
Phyylostachys aureocaulis avec sa cohorte de champignons

Bon, alors comment fait-on pour avoir des champignons dans une parcelle de terrain d’un lotissement tout neuf loin d’une forêt, ou dans un petit potager grillé par le soleil du sud ? C’est parti !

Tous les arbres contiennent de la lignine. C’est ce « carburant » qu’utilise la technique du BRF.

L’arbre protége sa lignine derrière son écorce, au niveau du tronc, mais aussi des branches. Plus la lignine est ancienne, plus elle est polymérisée (désolé du terme technique mais il est obligatoire) et plus l’arbre est solide.

Le « but » de l’arbre est donc de polymériser au plus vite sa lignine pour être costaud physiquement et survivre aux intempéries et notamment, au vent.

La polymérisation est l’inverse de ce que l’on veut obtenir avec le BRF. Il faut donc « dépolymériser » la lignine dès que possible. Plus la lignine est jeune et plus c’est facile de la « dépolymériser ».

Vous venez, nous l'esperons, de comprendre pourquoi il faut prendre des branches d’un diamètre inférieur à 7cm (au-delà, la polymérisation est trop avancée) ! Il ne faut donc pas utiliser non plus ni le tronc, ni le bois mort.

Un point important concerne l’espèce de l’arbre utilisée pour faire le broyat.

Aujourd’hui, il est admis que la lignine est « de meilleure qualité » (pour le BRF en tout cas) chez les espèces dites climaciques. Ce sont les feuillus « les plus évolués » : le chêne, le charme, le hêtre, l’érable, …

Cela fonctionne aussi avec d’autres espèces comme les peupliers ou les platanes, mais la qualité du BRF apparaîtrait comme moins bonne.

Comme bien souvent, le meilleur c’est de mélanger les espèces climaciques !

Donc, les résineux sont à oublier, au alors, à incorporer au maximum pour 20% dans le mélange si on ne peut pas faire autrement (certains cependant en mettent plus sans signes négatifs).

De toutes façons, utilisez ce que vous avez, c'est toujours mieux que rien ...

Une fois que l’on a les branches, il faut les broyer pour rendre la lignine (le carburant) accessible aux basidiomycètes (c’est le nom des champignons !).

Ces derniers sont les seuls dans tout le règne vivant à pouvoir initier la biotransformation de la lignine qui sera à la base de la production d’humus.

S’il vous chante d’aller plus loin dans vos lectures sur le sujet, vous entendrez parler des polyphénols. C’est à ce niveau qu’ils interviennent.

Une fois les branches broyées, on étale le BRF sur le sol sur une épaisseur de 3 à 6cm (le détail de l’épaisseur est devenue un débat d’expert aujourd’hui). De notre côté, nous en mettons souvent pas loin de 10cm et ca marche très bien.

Dans les jours et les mois qui suivent, le sol va se transformer entièrement, il s’agit de la pédogenèse : la formation du sol et de l’humus. Des quantités invraisemblables d’organismes vont apparaître, c’est le début d’un cycle de vie.

 

Voici un résumé de tous les bienfaits de cette technique absolument extraordinaire :

1 – Le sol prends une couleur bien sombre et dégage petit à petit une véritable odeur de sol de forêt.

 

2 – Plus besoin d’engrais minéraux du genre NPK, le sol fournit tous les engrais dont la plante a besoin.

3 – Aucun arrosage n’est nécessaire ! Non, ça n’est pas du délire, nous l'avons vérifié lors du mois d'août très chaud de 2009, il y a fait 40° le jour pendant une petite semaine.

Les feuilles des plantes sous BRF étaient bien vertes alors que nous avons dû arroser comme des fous les plantes sans BRF qui enroulaient leurs feuilles en signe de stress.

4 – Diminution des maladies et des parasites sur les cultures. De façon plus générale, fini les pesticides, fini les fongicides et fini les insecticides (voir biblio à la fin du post : J.Dupéty,

5 – Meilleure résistance des plantes au froid (le gel !) et à la sécheresse,

6 – Pour les fanas de nature, la biodiversité s’envole. Beaucoup de choses sont invisibles au niveau microscopique mais pour nos gros yeux d’humains, de nouveaux insectes font leur apparition.

Le nombre d'oiseaux qui grattent le sol pour trouver leur nourriture a énormément augmenté.

7 – Avec les temps qui courent, on ne peut pas faire plus écolo.

8 – Et encore des dizaines d’avantages à découvrir dans une lecture plus approfondie du sujet et des essais personnels si cela vous tente.

Au niveau des inconvénients, nous n'en voyons que deux :

La difficulté d’approvisionnement du BRF. Par expérience, nous avons dévalisé tous les feuillus climaciques autour de chez nous (sans faire n’importe quoi quand même). Il va falloir vous faire des amis parmis les élagueurs ou récupérer les branches des arbres de vos voisins.

Le second inconvénient connu en BRF est ce qu’on appelle « la faim d’azote ».

En fait, lorsque l’on applique le BRF sur le sol, les basidiomycètes vont utiliser l’azote présent pour transformer la lignine. Le nombre de basidiomycète est tellement important dans le sol lors de la dépolymérisation qu’il ne reste plus d’azote pour la plante !

Cet inconvénient est cependant facilement contournable en appliquant le BRF en début d’hiver, comme nous le faisons chez nous (il y a aussi d’autres techniques).


A vos broyeurs ! Attendez la fin de l’automne quand même …

Un peu de bibliographie :

Au même titre que l’ouvrage de Paul Wittaker « Apprivoiser le dragon » est indispensable dans la bibliothèque d’un bambousophile, vous avez « Les Bois Raméaux Fragmentés : De l'arbre au sol » aux éditions du rouergue pour les adeptes du BRF. C’est la bible de départ !

C’est un ouvrage très technique sur la composition du sol, difficile d’approche au début, mais qui devient vite très intéressant.

Un autre excellent ouvrage, beaucoup plus concret, est celui de Jacky Dupéty, un paysan pionnier de la technique BRF :
« Le BRF, vous connaissez ? » aux éditions du terran.

Et enfin, un ouvrage très technique mais avec un fil conducteur philosophique : « Le génie du sol vivant » aux éditions du terran aussi.

Bonnes lectures ...

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